Vie naissante
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Quand on a du mal à avoir des enfants, est-ce que l’Église autorise certaines aides à la procréation ? si oui, lesquelles ? Que dit l’Église sur l’Insémination artificielle ? Est-ce que l’Église autorise une PMA sans congélation d’embryon ?

Propos recueillis auprès du Père Alain Mattheeuws
s.j. Institut d’Etudes théologiques de Bruxelles

Ce n’est pas l’Église qui "autorise" ou qui a la charge "d’interdire" quoi que ce soit en ce qui concerne les PMA. L’Église, et tous ceux et celles qui la composent, cherche aussi avec les hommes de bonne volonté à découvrir ce qui est humain et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon pour lui ou le contraire. Dans leurs réflexions, les croyants essaient de traduire ce qu’ils appellent le « dessein » de Dieu inscrit dans l’homme par la création bienveillante de ce Dieu personnel. Ils essaient d’être fidèles à l’intention bienveillante du Créateur. Ainsi la réflexion ecclésiale énonce ce qui lui apparaît à la lumière de la Révélation. L’Église ne parle pas d’abord en son propre nom : elle dit et dessine dans l’histoire des hommes le plan d’amour du Créateur.

En principe, toute assistance médicale, technique, artificielle – pour prendre les mots utilisés – peut être bonne en soi. Elle est acceptée et promue par la réflexion ecclésiale. Et il convient de la rechercher et de l’encourager si elle respecte la dignité de la personne et celle du couple ; et si elle participe au bien commun de la société. Au contraire, si l’aide médicale implique la négation ou la perte d’un trait essentiel de la vie humaine et de sa dignité, il faut s’en abstenir. Il faut donc discerner les enjeux de tout traitement et apprécier l’objet moral des actes posés. La vie, par exemple, n’est pas un absolu puisqu’on peut la donner librement par amour, mais elle reste une "valeur" racine, fondement de tous les droits de l’homme. Par ailleurs le respect inconditionnel de la vie d’autrui, surtout des plus faibles, n’est pas négociable ! Poser un jugement sur des actes humains, ce n’est pas juger la personne qui agit, mais offrir la possibilité d’éviter le mal qui pourrait être fait et surtout encourager tout le meilleur bien à faire.

De fait, les procréations médicalement assistées (fécondations in vitro ou inséminations artificielles, hétérologues ou homologues) ne sont pas déclarées illicites par l’Église parce qu’elles sont artificielles, mais bien parce qu’elles aident maladroitement l’homme et la femme qui vivent cette souffrance de la stérilité. Elles ne sont pas thérapeutiques. Au lieu de guérir la stérilité, ou d’être une aide adaptée, ces techniques ne font que se substituer à l’acte conjugal, spécifique des époux. Le critère est bien le respect de la personne des époux, de leur promesse conjugale, du « berceau » adéquat du futur embryon humain conçu. Ces techniques ne respectent pas en profondeur la perfection de l’amour qui lie l’homme et la femme ou la dignité de l’acte de transmission de la vie. Au fond dans ce domaine, l’Église parle en vérité aux médecins et leur dit qu’elle souhaiterait une véritable aide et une thérapie adéquate et non pas une « substitution ».

La fivete est moralement refusée et considérée comme illicite par l’Église dans l’instruction Donum Vitae et dans Dignitas personae, parce qu’elle va à l’encontre des valeurs propres de la personne, de sa dignité, de la grandeur de l’amour conjugal et parental. Il ne suffit pas d’être sincère et généreux, il faut réfléchir à la portée des actes posés. La fivete résout techniquement un problème, mais à quel prix ? La conception se passe en dehors du corps de la femme et le taux d’efficacité reste relatif : de plus il faut compter avec de nombreux sacrifices d’embryons humains. Des valeurs essentielles sont donc oubliées ou négligées. Souvent, ceux et celles qui entrent dans cette pratique n’en soupçonne pas l’importance au début, mais nier ces valeurs morales blesse autant l’être embryonnaire qui surgit de ces méthodes que les différents acteurs qui s’y soumettent.

Quelles sont ces valeurs ? Il y a les valeurs de la personne et celles des époux dans leur manière d’être et de s’aimer. L’acte conjugal est dissocié de son fruit. Le respect du "berceau anthropologique" de l’enfant n’est pas observé : l’enfant est un "sujet", et non un objet, que l’on pourrait obtenir n’importe où, n’importe comment, par un processus qui est plus "de fabrication", "de production", que de "donation". Mais n’oublions pas ce qui a causé les démarches du couple : la stérilité. Pour dépasser cette douleur, le couple cherche un chemin : il prend une technique qui semble efficace. Il vit une souffrance intense, indéniable. Cependant, cette souffrance n’est-elle pas exacerbée non seulement par le désir insatisfait et le rêve brisé, mais aussi par l’illusion que le couple se fait ou qu’on lui donne, qu’ils ont droit à un enfant ? L’enfant ne répond pas à un "droit". Il est un "don", toujours.

La stérilité est toujours une grande souffrance pour un couple. Elle est l’occasion de mesurer la fragilité du corps de l’homme et de la femme. Quand elle apparaît comme irrémédiable, elle est ressentie comme une "mort" : n’est-elle pas une impossibilité de transmettre la vie ? Mais cette souffrance est renforcée par notre imaginaire social de toute-puissance. L’homme ne pourrait-il pas résoudre tous les problèmes ? Notre mentalité, au lieu de considérer l’enfant comme une bénédiction, comme un don, le considère plutôt comme un dû, comme celui que nous pourrions fabriquer à notre goût, ou selon notre désir, selon nos divers types de désir : celui surtout de l’enfant "parfait", sans défaut. Nous vivons le plus souvent avec cette conviction que nous avons "droit à l’enfant" et que nous avons des "droits sur l’enfant". Nous oublions que tout enfant a le droit d’être conçu, porté et mis au monde dans l’amour : à commencer par un acte conjugal de don de soi.

Le principe de réalité nous le rappelle  : l’homme ne peut pas tout. La science – pas seulement la morale – fixe des limites ; il est parfois impossible de guérir la stérilité, comme pour d’autres handicaps ou maladies. Le phénomène de la stérilité n’est pas en dehors de cette réalité. Cette "impasse" nous rappelle – cela peut paraître dur à certains – que le mystère de la vie de tout homme comprend le mystère de la souffrance, qu’on puisse l’interpréter à la lumière du Christ ou non.

Il faut donc montrer avec délicatesse et audace que la stérilité n’est pas une absurdité totale à l’intérieur d’un couple. Un couple stérile peut vraiment être et rester fécond. La fécondité d’un couple n’est pas non plus réduite aux enfants qu’il veut ou peut concevoir. Il peut porter du fruit sans avoir des enfants de son sang. L’amour est toujours plus grand que ses fruits, que ses expressions variées dans l’histoire humaine. Cette vérité sur l’homme est rude à exprimer et à entendre : comment s’aider à la porter et à la vivre ?

Tout événement a un sens dans le Christ. Ce qui fait la dignité de l’homme réside dans la recherche du sens de ce qu’il vit et qu’il voit en lui et autour de lui. La liberté humaine est toujours convoquée à chercher le sens d’une vie, même blessée : elle peut le trouver par le cœur et par la raison. La stérilité est une épreuve qu’il faut affronter, chercher à guérir, et si elle demeure, l’homme ne peut l’esquiver par n’importe quel chemin ou artifice. Il est appelé à grandir dans la perception qu’il a de lui-même et de sa propre dignité en humanité.

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